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Entretien avec Teresa Sánchez, enseignante de pédagogie inclusive

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Entretien avec Teresa Sánchez, enseignante de pédagogie inclusive

1- Parle-nous de toi. Qui se cache derrière @entre_tea ? Que fais-tu dans la vie ?

Je suis enseignante spécialisée en pédagogie inclusive, professeure à l’Université Européenne de Valence, formatrice en inclusion éducative et, comme vous le savez déjà, créatrice des réseaux sociaux @entre_tea. Titulaire d’un master en Éducation Spéciale et le cœur rempli de vocation, je travaille chaque jour pour une école qui accueille tout le monde. Je suis aussi maman, rêveuse et curieuse. Je crois en une éducation qui écoute, respecte et transforme les réalités. Actuellement, je travaille en tant que tutrice dans une classe spécialisée.

2- Comment intègres-tu l’Apprentissage Basé sur le Jeu (ABJ) dans ta pratique pédagogique pour répondre à la diversité des élèves ?

Je travaille dans une classe spécialisée et mes élèves participent à des séances d’inclusion dans des classes ordinaires. Pendant ces moments, nous utilisons souvent l’Apprentissage Basé sur le Jeu, notamment avec des jeux de société adaptés, afin que tous les enfants — avec des niveaux et des besoins différents — puissent apprendre ensemble de manière ludique et participative.

Je pense que le jeu nous permet d’adapter ce que nous voulons qu’ils apprennent, de favoriser la coopération et de faire en sorte que chaque élève se sente inclus et motivé. À travers les jeux de société, nous travaillons des compétences telles que l’attention, le langage, le raisonnement ou la résolution de problèmes, mais aussi des valeurs comme le respect, l’attente de son tour et l’empathie. Voir comment ils apprennent et s’amusent ensemble est l’une des plus belles parties de mon travail d’enseignante.

3- Quels critères suis-tu pour sélectionner ou concevoir des jeux dans tes ateliers favorisant l’inclusion et l’apprentissage ?

Quand je choisis ou j’adapte des jeux pour les séances ou les ateliers dans les classes ordinaires (ou dans ma classe), le premier critère que je prends en compte est que tous les élèves puissent participer, quelles que soient leurs caractéristiques ou leurs besoins éducatifs particuliers. Je recherche des jeux flexibles, qui permettent différents niveaux de difficulté et différentes façons de jouer, pour que chaque enfant puisse contribuer selon ses forces.

J’accorde aussi de l’importance au fait que les jeux permettent d’atteindre des objectifs concrets, tant cognitifs (comme le langage, l’attention ou la logique) que sociaux et émotionnels (comme le travail en équipe, l’empathie ou la gestion des émotions). Je veille toujours à ce que le jeu ne soit pas seulement amusant, mais qu’il ait aussi une finalité éducative.

Un autre aspect clé est que les consignes soient simples ou puissent être adaptées avec des supports visuels, des pictogrammes ou des modèles. Et, bien sûr, je prends en compte les intérêts du groupe : si le jeu leur plaît, ils seront plus motivés et participeront avec plus d’enthousiasme.

En résumé, je cherche des jeux accessibles, significatifs et qui favorisent un environnement où chacun peut apprendre et s’amuser.

4- Comment impliques-tu les familles dans le processus éducatif à travers les jeux et les ressources que tu partages ?

Pour moi, la collaboration avec les familles est essentielle, et les jeux sont un excellent moyen de créer ce lien entre la classe et la maison. Dès que je peux, je partage avec les familles des idées de jeux que nous utilisons en classe, en leur expliquant comment ils peuvent les adapter à la maison en fonction des besoins de leur enfant.

Je crée aussi du matériel simple et visuel qu’ils peuvent utiliser à la maison, et parfois je leur envoie des versions adaptées de jeux de société pour renforcer certains apprentissages de façon ludique. De plus, je leur explique qu’il ne s’agit pas de “jouer pour jouer”, mais de profiter de ces moments pour travailler l’attention, la communication, la résolution de problèmes ou les émotions.

Quand les familles comprennent la valeur éducative du jeu et se sentent impliquées dans le processus, une connexion très positive se crée. Et s’il y a des frères et sœurs dans la famille, cela prend encore plus de sens, car cela favorise le partage de temps ensemble.

5- Quelles différences observes-tu dans la participation quand tu utilises des jeux par rapport à d’autres méthodes éducatives plus traditionnelles ?

Quand j’utilise le jeu comme outil éducatif, la participation des élèves augmente considérablement. Ils se montrent plus motivés, impliqués et désireux d’apprendre. Même les enfants qui, d’habitude, rencontrent plus de difficultés à se concentrer ou à communiquer, s’engagent bien plus lorsque l’activité est ludique et dynamique.

Contrairement aux méthodes plus traditionnelles, je pense qu’avec le jeu, la pression diminue et un environnement plus détendu et accessible est favorisé. Ils apprennent presque sans s’en rendre compte, car ils s’amusent, partagent avec leurs camarades et expérimentent activement.

En contexte d’inclusion avec la classe ordinaire, le jeu permet d’équilibrer les différences d’apprentissage. Il ne s’agit pas seulement de connaissances, mais de participation, de collaboration et de construction commune. C’est une forme d’apprentissage beaucoup plus vécue et inclusive.

6- Chez Zacatrus, nous misons sur l’apprentissage par le jeu de société. Utilises-tu un jeu au-delà de son usage comme outil en classe ?

À la maison, nous avons beaucoup de jeux de société. L’un de nos préférés est le Dixit et aussi Azul. Nous avons commencé à y jouer pendant le confinement. C’est une manière de se connecter, de rire ensemble et de stimuler l’imagination dans une ambiance calme. J’aime particulièrement la façon dont Dixit permet à chacun de participer à son propre rythme, ce qui le rend accessible pour jouer avec mes petits cousins ou avec mes grands-mères.

7- Quelles compétences inclusives penses-tu qu’on peut particulièrement bien entraîner avec les jeux de société ?

L’une des compétences les plus importantes qu’on entraîne est la communication, car pendant le jeu, les enfants doivent exprimer des idées, suivre des consignes et négocier des tours ou des décisions.

Je pense aussi que l’empathie et la vie en groupe sont beaucoup travaillées, car le jeu leur donne l’opportunité de se mettre à la place de l’autre, d’apprendre à gagner et à perdre, et de respecter des règles communes. Dans la classe ordinaire, pour moi, cela est essentiel pour que chacun se sente membre du groupe.

Une autre compétence importante est l’autorégulation, tant émotionnelle que comportementale. Attendre son tour, gérer la frustration ou accepter les erreurs sont des apprentissages que le jeu permet d’aborder naturellement.

En plus, les jeux de société favorisent le travail en équipe, l’attention conjointe et la résolution de problèmes, qui sont essentiels dans un environnement où cohabitent des élèves avec des capacités différentes.

8- Que dirais-tu à un enseignant qui veut se lancer dans la pédagogie inclusive mais ne sait pas comment commencer avec les jeux de société ?

Je lui dirais de commencer petit à petit, sans peur de se tromper. Il n’est pas nécessaire d’avoir une grande collection de jeux ni de tout savoir au début. Le plus important est d’observer son groupe, de connaître ses caractéristiques, ses forces et ses besoins et d’adapter le jeu à eux, et non l’inverse.

Comme premier pas, je lui conseillerais de choisir des jeux simples, avec des règles claires, qui favorisent la coopération (plutôt que la compétition). Des jeux comme le domino, le memory, le “uno” adapté ou des jeux d’association d’images permettent déjà de travailler de nombreuses compétences inclusives, comme l’attention, la communication ou l’attente de son tour.

Je l’encouragerais aussi à ne pas se focaliser uniquement sur le résultat, mais sur ce qui se passe pendant le jeu : comment ils interagissent, comment ils résolvent les conflits, comment ils se soutiennent. C’est là que réside la véritable valeur inclusive.

Et surtout, je lui dirais que le jeu brise les barrières : quand nos élèves jouent, ils oublient leurs différences et commencent à apprendre les uns des autres de manière naturelle. C’est une façon précieuse et efficace de construire l’inclusion à partir du quotidien.

9- Y a-t-il quelque chose d’autre que tu souhaites partager ? Une anecdote ou une curiosité vécue grâce à l’inclusion du jeu dans l’éducation ?

Oui, il y a une anecdote que j’aime toujours partager car elle résume très bien la valeur du jeu dans une classe inclusive. Lors d’une séance avec la classe ordinaire, nous jouions à un jeu de société par équipes (si je me souviens bien, c’était le “parchís” mathématique). L’un de mes élèves, qui a habituellement beaucoup de difficultés à communiquer (TSA), a réussi à participer activement grâce à l’adaptation des règles et à l’utilisation de supports visuels (nous avions inclus dans son communicateur les verbes spécifiques du jeu : lancer, bouger un pion, additionner, soustraire…). Ses camarades non seulement l’ont inclus, mais l’ont aussi encouragé et ont célébré chaque petit succès avec beaucoup d’enthousiasme. L’enseignante de la classe ordinaire et moi n’arrêtions pas de les regarder, haha.

À la fin de la séance, lorsque nous avons terminé les jeux, nous avons vu comment les enfants de son équipe ont commencé à traiter mon élève de la classe spécialisée différemment (ce n’est pas qu’ils le traitaient mal avant, loin de là). Ils l’ont reconnu comme un membre précieux de l’équipe… ils l’ont “découvert” et pour moi c’est ce qui compte le plus : le jeu ne favorise pas seulement l’apprentissage, il crée des espaces de respect, de soutien et de collaboration.

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